Ibrahim Koma : « J’ai noué un lien avec le Mali »

  • Eva Sauphie
  • dimanche, 02 juillet 2017 08:58
  • Publié dans Célébrités
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A l’affiche de deux films tournés en Afrique, Wallay de Bernie Goldblat, et Wùlu, le thriller malien signé Daouda Coulibaly, Ibrahim Koma est à un tournant de sa carrière. Entretien.

L’acteur franco-malien de 29 ans porte le film de Daouda Coulibaly de bout en bout. Magnétique à l’écran, Ibrahim Koma fait partie de ces acteurs à l’intensité rare. Chez lui, tout passe par le regard, l’expressivité, le corps, la gestuelle. Le jeu est subtil, jamais outrancier. Et pourtant, on se laisse happer par le personnage, et gagner par les émotions.

Le comédien nous embarque avec lui dans le bouillonnement incessant et la dureté des conditions de vie pour la jeunesse de Bamako dans Wùlu. Un thriller malien où il campe le personnage de Ladji, un chauffeur de taxi-brousse qui sombre dans le narcotrafic pour subvenir aux besoins de sa sœur Aminata (Inna Modja).

Mais aussi au cœur d’un village reculé du Burkina Faso dans le film initiatique, Wallay, où il joue, avec autant de profondeur, le cousin initié d’un ado métis, Ady, en quête d’identité dans son pays d’origine. Avec ces deux productions afro-européennes, Ibrahim Koma prouve l’étendue de son jeu et confirme qu’à quasi 30 ans, il a fait le choix de défendre le cinéma.

Vous jouez dans deux productions afro-européennes, deux films tournés en Afrique. C’était important pour vous de défendre le cinéma africain ?

Je suis acteur, je passe des castings et je fonctionne avant tout par rapport à l’histoire. Mais pour le coup, oui, il y avait quelque chose à défendre avec Wùlu et Wallay. A la base je défends un rôle. Pour autant, le fait d’avoir joué dans deux films qui se passent en Afrique, à ce moment là de ma carrière, est une bonne chose. J’ai eu le sentiment de pouvoir participer au développement du cinéma en Afrique. C’était important.

Quel regard portez-vous sur la sous-représentation du cinéma africain lors de la dernière cérémonie de Cannes ?

On voit très peu de cinéma africain dans les salles déjà. C’est un constat qui me dérange et j’espère que ça va changer. Idem pour Cannes, il faut que cela évolue. Au fond de moi, je suis irrité, j’aimerais que ça change. Mais pour l’instant, c’est à nous de nous battre et de faire en sorte que les choses avancent.

Wallay a été particulièrement visible dans différents festivals, notamment au Fespaco de Ouagadougou. Festival où vous avez remporté le prix d’interprétation masculine pour Wùlu. Qu’est-ce que ça vous a fait d’avoir été récompensé là-bas ?

C’était une bonne surprise et une fierté de recevoir le prix en Afrique. Je me suis senti accueilli. J’avais des appréhensions par rapport au fait que je sois français. j’avais peur de souffrir d’un manque de crédibilité et de légitimité. Alors je l’ai vraiment pris comme une reconnaissance.

Vous êtes né à Paris et avez grandi à Antony. Vos parents et votre frère sont maliens de Bamako. Quel est votre rapport à la double culture : thème central de Wallay ?

C’est une vaste question. Je suis dedans, donc je n’ai jamais vraiment pris de recul. Je le vis de manière positive. Mais le rapport à la double culture suscite énormément de questionnements identitaires. Certains vont revendiquer leur pays d’origine, d’autres le pays qui les a vu naître. Quand je parle de mon identité, je préfère dire que je suis un Malien de France. Parce que mon identité française est là, et mon identité malienne aussi, grâce à mes parents. J’essaie d’éviter de rester assis entre les deux chaises.

Wùlu a été tourné en Bambara. C’est la langue qui dominait à la maison ou l’avez-vous apprise pour les besoins du film ?

Moi je suis Soninké. Du coup, je ne parlais pas du tout le Bambara ! Il a fallu que j’apprenne tous les dialogues. J’ai eu besoin de quelques mois d’apprentissage en travaillant avec un coach. Raison pour laquelle j’étais d’autant plus fier quand j’ai reçu le prix d’interprétation. Ça fait toujours plaisir de pouvoir faire la blague (rires) !

L’action de Wùlu se passe au Mali, à Bamako. Quel est votre rapport au Mali ? Y allez-vous régulièrement ?

Ça faisait quand même pas mal d’années que je n’y étais pas allé. Je connaissais le Mali, du moins Bamako, à travers ma mère et ma grand-mère. Pour les besoins du film, j’y suis retourné, et je me suis très vite senti comme un Bamakois. Alors qu’à la base je ne connais personne ! Je me suis fait plein d’amis, j’ai vraiment eu l’impression de nouer un lien avec le Mali que je n’avais pas avant.

Qu’est-ce qui vous a séduit à la lecture des scenarii de Wùlu et Wallay ?

La vérité du sujet. S’agissant le Wùlu, je ne connaissais pas très bien le crime organisé en Afrique. A la lecture du scénario, j’étais stupéfait par la situation. Je suis toujours séduit quand j’ai un personnage entre les mains à travers lequel je vais pouvoir défendre quelque chose et montrer que je suis un acteur. Et ça, c’est ma première motivation.

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Dans Wùlu, on est témoin d’un Mali en crise, où il n’y a pas beaucoup d’espoir pour la jeunesse…

J’avais déjà conscience que la situation était dure, surtout pour la jeunesse. Là-bas, tu rencontres des jeunes le matin en train de boire leur petit thé, tu les recroises le soir et ils n’ont pas bougé. T’as l’impression qu’ils ne font rien, mais ce n’est pas vrai. La plupart d’entre eux se battent comme ils peuvent. C’est une situation que j’ai constaté.

Dans Wallay, il y a cette quête identitaire chez le petit Ady. Tandis que la crise identitaire va se retrouver dans Wùlu à travers le personnage d’Aminata qui, une fois confortable, veut vivre à l’européenne, à l’occidental, quitte à oublier d’où elle vient…

Pour moi, le personnage d’Aminata, il y en a partout. A commencer par la France. C’est une fille qui a beaucoup souffert. Elle a envie de profiter après tant de souffrance, et elle veut tout, tout de suite. Ce genre de personnalité, on la retrouve partout… Ladji, lui, est quelqu’un qui a les valeurs du travail, et qui souhaite être sur le droit chemin.

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