Elles défilent malgré la menace

Quelques jours avant que l’attentat du bar La Terrasse ne rappelle au Mali son calme précaire, des créatrices bamakoises se prenaient à rêver de hisser leur ville au rang de capitale de la mode et de changer l’image de l’Afrique.

Bamako, fin février. Le guerre semble loin. Les drapeaux tricolores en soutien à l’intervention militaire française ont été rangés depuis des mois. La ville a repris son rythme de capitale, avec son trafic dense de voitures et de motos «made in China», sa foule qui grouille aux abords du marché central où l’on vient chercher son mètre de tissu wax ou basin. La journée s’écoule, de chaque côté des rives du Niger, comme si, en apparence, les Bamakois réussissaient à tourner la page sombre de leur histoire récente. C’est un événement plein d’espoir qui se lance : la fashion week de Bamako, la première jamais organisée au Mali. Des dizaines de couturiers et mannequins de toute l’Afrique de l’Ouest vont défi ler pendant quatre jours pour ce show inédit. Deux semaines plus tard, l’attentat au bar La Terrasse (cinq morts, dont un Français), dans un quartier animé de la ville, a rappelé que la violence encore peut surgir à chaque instant pour faucher des vies .
Huit mois durant, Mariah Bocoum et Tatou Maïga ont travaillé d’«arrache-pied» à l’organisation de cette semaine de la mode. Les deux créatrices maliennes ont essuyé «pleurs» et «fausses joies». Si quelques mécènes les ont soutenues, elles ont réuni «à peine le quart» du budget escompté. «L’État nous a laissées tomber au dernier moment»,explique Mariah Bocoum. La faute à un changement de gouvernement en janvier et à des promesses qui s’envolent en même temps que le Premier ministre démissionnaire.

Il en va ainsi de la mode au Mali: «Les politiques ont cru qu’on leur proposait un festival de plus, analyse Mariah. Ils ne voient pas qu’on fait la promotion du Mali et de son économie.» Les deux femmes n’ont cependant pas renoncé à la feuille de route qu’elles s’étaient fixée, il y a un an, en créant l’Alliance des couturiers et créateurs de mode du Mali (ACCM) : «Donner une visibilité à notre savoir-faire, sortir les jeunes créateurs de l’ombre.» Dans ce pays enclavé du Sahel, où l’industrie de la mode est quasi inexistante,
l’ambition était aussi politique.

Retrouvez l'article intégral  dans VSD 1959 (du 12 au 18 mars 2015)

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