Bamako découvre « Mouna Né », le film court métrage de Dicko Traoré

  • vendredi, 07 avril 2017 14:46
  • Publié dans Cinéma
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Bamako est-il en passe de devenir une terre promise des viols ? Depuis quelques années, les cas de viols ravissent la vedette lors des différentes sessions de la Cour d’Assises de Bamako.

Comme pour dire qu’il est temps de briser la montagne de silence sur ce fléau avilissant qui dénote d’une cruauté criarde et d’un inhumanisme décadent, Dicko Traoré, jeune réalisatrice malienne, a décidé de porter le débat sur le viol sur le grand écran. Et, cela donné « Mouna Né » ou « Pourquoi moi ? » : Un film de 24 minutes qui dénonce sans gans, le fléau révoltant du viol dans notre société. Il faut dire que Dicko profite pour s’attaquer à deux autres sujets : « Le mariage forcé » et « la déscolarisation des jeunes filles ».

Le lundi 3 avril 2017, la salle de projection du cinéma Babemba a refusé du monde. L’information de l’avant-première du 1er court métrage de Dicko Traoré a vite fait le tour de Bamako. De telle sorte que, personne n’a voulu se faire « Mouna Né », la dénonciation du viol portée sur le grand écran. Tous voulaient être témoins de cette première projection. Et, personnes ne furent autant déçues, que ceux qui sont arrivés en retard, dans une salle déjà pleine.

Au delà des émotions, par la magie de la caméra, Dicko Traoré invite chaque malien à réfléchir sur la situation de ces milliers de filles qui sont souvent violées très jeunes par des adultes inconscients et dans l’indifférence de tous.

Le message était clair et très fort : plus jamais ça. Et, pour ce faire la réalisatrice a volontairement choqué les esprits par une scène de suicide.

N’en pouvant plus, l’actrice principale va mettre fin à un drame qu’elle vit seule depuis le jour où elle a été violée par un inconnu cagoulé. Jeune fille très studieuse, abandonnée dès la tendre enfance par une mère qu’elle a vite oublié, tant sa mère adoptive la couvrait de câlin, Assou va découvrir de façon violente une réalité inacceptable enfouit dans nos sociétés et dont plusieurs jeunes filles en sont victimes dans une indifférence totale, lorsqu’elles ne sont pas accusées d’en être les principales instigatrices : Le viol. Oui, malheureusement en cas de viol, la victime est la plus souvent accusée. Cette accusation malsaine ajoutée à la honte et au qu’en dira-t-on, font que nombreuses sont le filles comme Assou qui vivent en ruminant leur douleur pendant de nombreuses années.

Inaïssa Touré dans le rôle de Assou, sera violée par un quidam cagoulé. Rongée par cette douleur qu’elle gardera en elle sous forme d’un traumatisme qui l’empêche de dormir, Assou, en pleine année scolaire va être, va subir la foudre d’une décision de son géniteur. Acceptant difficilement le fort rapprochement entre sa femme (la mère adoptive de Assou) et sa fille, le père de Assou, sur un coup de tête va décider de son mariage avec son cousin.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Mais, dès la première nuit dans la chambre nuptiale, Assou va vite comprendre que son violeur d’hier n’est personne d’autre que son époux d’aujourd’hui. S’estimant dans l’impossibilité de faire sa vie avec son bourreau d’hier, étant entendu que le mariage n’est pas consenti, Assou va décider de mettre fin à sa vie, solution ultime pour se libérer de la pression de l’étau qui n’a cessé de la serrer depuis ce soir où elle a été violée.

Malheureusement, l’histoire de cette jeune fille violée et livrée en pâture par son propre géniteur dans les liens d’un mariage forcé, n’est pas un cas isolé. Sujets courageux. Réalisation courageuse. Sans risque de se tromper, l’on pourra dire que la réalisation du film « Mouna Né » est parcours de combattant, comme fut la vie de Assou.

Comme Assou, la réalisatrice, les comédiens et les techniciens n’ont eu aucun répits jusqu’à l’achèvement du film.

« Mouna Né ou pourquoi moi ? a été écrit il y a 7 ans, quand je faisais la 1ère année Multimédia au Conservatoire des arts Balla Fasséké. Je l’ai réalisé en 2014 quand j’étais encore étudiante », a indiqué Dicko Traoré. Avant d’ajouter que ce fut une première expérience en matière de fiction et c’est avec beaucoup de difficultés qu’on l’a fait. « Pour des raisons techniques, j’ai plusieurs fois larguer les RUSH pour ensuite reprendre le projet en fin 2016… et nous avons puis faire le montage en 2017 », a-t-elle indiqué. Elle a conclu que « ce projet a été une vraie école pour chacun de nous, car nous avons beaucoup appris de nos propres erreurs. Ce fut une belle expérience que j’ai partagé avec une équipe de jeunes dynamiques, talentueux et passionnés », a-t-elle conclu.

Ce film comme la plupart de films maliens qui étaient cette année au FESPACO démontre l’engagement et la volonté des jeunes maliens de faire leur cinéma malgré les difficultés financières. Et quand cela leur réussi, nous ne pouvons que leur dire bravo. Il n’y a aucun doute, un jour où l’autre les financements viendront et ce jour-là, la jeunesse malien déjà habitué à faire des productions avec des petits budgets, fera des miracles.

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